• 1/3 des yeux

Publié le par cine.gi

1/3 des yeux documentaire de Olivier Zabat

durée : 1h10
sortie le 9 novembre 2005

***

Synopsis

Quoi de commun entre un oeil blessé, une interprète, un démineur, un zoologiste ? La réponse à travers huit séquences indépendantes tournant toutes autour des mêmes thèmes : le dérèglement des processus et la faillite des protocoles. 1/3 des yeux est la suite de Miguel et les mines.

***

Rithy PANH : « ... Un film à la fois très précis et énigmatique qui pose des questions essentielles sur les rapports entre les êtres ... »

***

Extraits du dossier de presse

1/3 des yeux est le prolongement d’un travail entamé avec Miguel et les mines. Ces deux films forment un diptyque, lui-même subdivisé en chapitres. S’alternent, entre autres, des séances de boxe thaï,des poèmes déclamés par un militaire écossais, ou encore un discours médical qui registre les pathologies oculaires liées aux éclats d’obus (et auxquelles 1/3 des yeux emprunte son titre).
Construction éclatée mais qui révèle au fur et à mesure une mise en abyme, car c’est au coeur même de chaque séquence que se mixent l’eau et le feu.
Volonté, vieille comme le cinéma, de capter du réel, d’accrocher des documents, mais aussitôt canalisée par le geste de les disposer dans un ensemble qui ne fait jamais que s’essayer, dont le principe d’organisation se dérobe en permanence au spectateur, et peut-être au cinéaste lui-même. Par cette compensation réciproque du réel brut et de la réflexion, Zabat arrive à éviter deux écueils symétriques : naturalisme brut d’un côté, conceptualisme creux de l’autre.
Exemplairement, les six parties de Miguel et les mines, (dont rappelons-le encore, 1/3 des yeux est le deuxième volet) soufflent le chaud et le froid, alternant des séances de boxe thaï et des poèmes déclamés depuis une barque sur une mer d’huile. De même que les poèmes en question déclinent les méditations d’un démineur, leur quiétude n’étant que l’écrin de l’explosion, les scènes de boxe sont pour la plupart d’entraînement. D’entraînement, tenant donc le film à l’écart du point chaud, et plus précisément de coaching, accueillant la brutalité du combat à travers le filtre d’un discours. Que reproche à un de ses poulains le petit entraîneur moustachu dont « La cour des lions » restitue le laïus ? D’être un « bagarreur », de trop chercher l’affrontement, le corps à corps. Alors que la boxe, « c’est tactique, c’est technique, c’est du sport ».



Posté au bord du ring, Zabat à son tour n’oublie pas de la jouer tactique, encerclant le point d’impact d’un ensemble de procédures d’esquive. Filmant par exemple l’avant et l’après combat dans 1/3 des yeux ; filmant le combattant titubant après un premier coup mais pas le coup lui-même. Et si celui qui l’achève a bien été gardé au montage, il est si inattendu, si furtif, qu’il semble ne pas avoir lieu, autre manière de s’en protéger, et par là-même de mettre en doute l’évidence du réel. Avec élégance, Zabat s’évertue à jouer avec le feu. Le feu ? Oui, toujours là en point de mire. Jouer avec ?
On s’en approche puis s’en préserve quand il est trop près. Miner le plan puis le déminer aussitôt, maintenir en tout cas un périmètre de sécurité entre soi et les fauves, puisque nous sommes dans leur « cour ». Ce même périmètre que Chris North regrette qu’un soldat
kosovar n’ait pas respecté. Au passage, que ce démineur poète (tout est là) soit seul à apparaître dans le diptyque Miguel-1 /3 des yeux n’étonne pas. Son métier, impliquant à la fois la proximité avec l’explosion et sa neutralisation, en fait l’emblème du cinéma qui s’avance là.
Physique et fort attentif aux états du corps, ce cinéma est néanmoins structuré autour de la parole. En même temps que les photos des yeux blessés, un discours médical qui registre les pathologies liées aux éclats d’obus (loin du front toujours). Plutôt que « 24 heures dans le hall des Urgences », l’exposé didactique, quoique étrange d’un urgentiste. Ne pas montrer un mammifère dans son milieu naturel, mais enregistrer la description savante de celui-ci par un zoologiste. Il y a tant de couches linguistiques que l’objet qu’elles visent en permanence n’est plus seulement mis à distance mais absenté : c’est ainsi que Zabat souligne les lacunes de son outil.



Tendance, dès lors, à se tenir là où on ne se comprend pas, comme dans la très grande scène d’1/3 des yeux, où le paysan Kosovar essaie de se faire comprendre de Chris par mime. Il leur faudrait un traducteur, se dit-on, mais la traduction, c’est encore une couche de langage charriant son lot de malentendus, ce que montre exemplairement la magistrale et programmatique ouverture d’1/3 des yeux, saturée de questions : qui traduit quoi ? La langue qu’on entend est-elle celle du discours à traduire ou du discours traduit ?
Le réel par définition échappe, le réel par essence s’échappe et le documentariste ne peut que lui courir après, cheminant sur des cercles concentriques au point central où se tiendra, se tient, s’est tenu l’événement.
Veuf de centre, ce cinéma assume le risque de l’obscurité. Mais il n’est jamais plus obscur -opaque serait plus juste- que les parcelles de réalité qu’il appréhende ; il se tient devant elles avec le poids d’ignorance de quiconque y serait confronté, attendant de savoir, de comprendre. Son travail est restitué comme tel au spectateur, pas mâché, encore à faire, contiguïté de blocs de vie en attente d’un principe d’organisation. A lui de faire jouer les associations, de combler les intervalles, de se faire le réceptacle du commerce qu’établissent entre eux les « modules », de nommer les rapports qu’ils tissent en souterrain. Le polar n’est pas loin, la reine des règles du genre y étant, en tout cas, hautement respectée: le retard entre le document et son identification. Dans 1/3 des yeux, il est ainsi question d’un mammifère, la genette de Bourlon, bien avant que ne soit évoqué, dans le dernier chapitre, l’homme qui lui a donné son nom, Philippe Bourlon, et la raison de cet hommage. Et c’est d’ailleurs la façon dont s’opère cette révélation qui dévoile du même coup la nature du cinéma de Zabat, qui n’a de froid que sa pudeur, de distant que sa délicatesse.

***

Réalisation : Olivier Zabat
assisté de : Emmanuelle Manck
Image, Son , Montage : Olivier Zabat
Adaptation anglaise : Andrew Kahr
Production : Olivier Zabat
avec le concours de : Desire Production &" Image-Mouvement " (Délégation aux Arts Plastiques, Ministère de la culture)
Distribution : Capricci

présentation réalisée le 03/11/05 avec l’aimable autorisation de  et d'Olivier Zabat
remerciements à Catherine Bailhache et Dany Morel
logos, textes & photos © 2005, tous droits réservés www.capricci.fr ,
photos © 2005, tous droits réservés Olivier Zabat

Publié dans PRÉSENTATIONS

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article