• Les protocoles de la rumeur

Publié le par cine.gi

Les protocoles de la rumeur film de Marc Levin

documentaire

durée : 1h33
sortie le 23 novembre 2005

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Synopsis
Au lendemain du 11 Septembre 2001, des voix se sont fait entendre, partout dans le monde, pour accuser les Juifs d’avoir commandité les attentats de New York et Washington… Une telle mystification n’est pas sans rappeler celle des tristement célèbres Protocoles des Sages de Sion, prêtant aux Juifs depuis plus d’un siècle l’intention de prendre le contrôle de la planète.
Frappé par le regain d’antisémitisme qui sévit dans son pays, Marc Levin part à la rencontre de tous ceux qui persistent à croire que les Juifs ont orchestré le 11 Septembre - et qui contribuent à faire des Protocoles des Sages de Sion un best-seller. Son périple au coeur de la haine et de l’intolérance commence…

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extrait d’entretien avec Marc Levin

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« Comment avez-vous eu l’idée d’évoquer Les Protocoles des Sages de Sion dans un documentaire ? »

Marc Levin :
« C’est au cours d’un séjour à Jérusalem, il y a une trentaine d’années, que j’ai entendu parler des Protocoles pour la première fois : en le lisant, j’ai d’abord cru qu’il s’agissait d’un canular ou d’une relique d’un passé à tout jamais révolu ! Et pourtant, au lendemain du 11 Septembre, j’ai appris qu’à New York et dans le New Jersey – là même où je suis né et où j’ai grandi – des rumeurs circulaient prétendant que les Juifs avaient été prévenus des attentats et qu’aucun d’entre eux n’était venu travailler ce jour-là ! J’ai vraiment eu du mal à y croire.
Mais la décision de tourner un documentaire autour des Protocoles n’a pas été simple car plusieurs personnes ont tenté de m’en dissuader, notamment au sein de la profession du cinéma. Lorsque j’évoquais ce projet, on me répondait souvent : «Tu es fou? Ce n’est vraiment pas le moment ! Ne parle surtout pas de ce livre ! Brûle-le plutôt !» Or, quand j’ai appris que des séries télé adaptées du Protocole étaient diffusées dans le monde arabe, et qu’un hebdomadaire arabe du New Jersey en avait également tiré une série d’articles – je me suis dit : pourquoi dissimuler cette réalité alors que des millions de gens adhèrent aux Protocoles ? Comment continuer à se mettre la tête dans le sable ? C’est comme cela que le projet est né.
»

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« Le film a-t-il beaucoup évolué entre l’écriture et le tournage ? »

M. L. :
« Oui, parce que la réalisation d’un documentaire est un processus organique, qui me fait penser à la création musicale. Au départ, on a des idées préconçues qui, progressivement, vous conduisent vers des territoires insoupçonnés. C’est ainsi que je voulais initialement rencontrer Mel Gibson et Louis Farrakhan et les interroger sur leur posture face aux Juifs – un peu à la manière de Michael Moore. Je n’y suis pas parvenu, mais je suis parti dans une tout autre direction, totalement imprévue. En effet, après avoir visionné les premiers rushes, je me suis rendu compte que les quelques spectateurs présents restaient paralysés de stupeur – ce qui n’était pas  franchement mon intention ! C’est alors que j’ai eu l’idée de faire un film plus personnel et d’y inclure les séquences avec mon père que j’avais tournées sans envisager de les monter. Cela a donné de vraies respirations et des moments de légèreté à un film dont la tonalité d’ensemble est assez grave. »

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« Parlez-moi des recherches que vous avez menées et des ouvrages que vous avez consultés. »

M. L. : « J’ai lu tous les livres qui existent sur les Protocoles et l’essentiel de la littérature antisémite européenne du XXème siècle. Mais c’est sans doute Le Juif International publié par Henry Ford dans les années 20 qui m’a le plus sidéré : son style est tellement moderne qu’il en est plus choquant encore. Un autre ouvrage m’a également frappé : Constantine’s Sword de James Carroll, autour des relations entre l’église catholique et les Juifs sur 2000 ans d’histoire. C’est ce livre qui m’a permis d’envisager le film dans une perspective historique et de mieux comprendre l’engouement phénoménal pour La Passion du Christ de Mel Gibson. »

- « Parlons de votre méthode d’approche des personnes que vous interviewez, qui fait presque penser à une démarche socratique… »

M. L. : « C’est exactement ça ! Je n’ai pas l’esprit d’un satiriste à la Michael Moore. Ce qui m’intéresse, c’est d’entamer un dialogue avec mes interlocuteurs pour sonder les fondements de leur haine et de leur ressentiment. Mais, dans ces cas-là, je cherche constamment à garder mon calme pour tenter de pousser ceux que je rencontre dans leurs retranchements et de faire vaciller leurs certitudes. Il s’agit, pour moi, du plus grand défi qui soit : essayer, coûte que coûte, de pénétrer l’âme d’un type ou d’une fillette de cinq ans qui vocifère des horreurs sur les Juifs. Je sais bien, d’un point de vue rationnel, qu’on ne peut pas changer les gens, mais j’estime que c’est un risque qui en vaut la peine. C’est sans doute là mon héritage d’enfant des années 60… »



- « Comment avez-vous abordé l’entretien avec Shaun Walker, leader du groupuscule néo-nazi National Alliance, qui surprend par son discours très «marketing» ? »

M. L. : « Shaun Walker me connaissait depuis mon documentaire, Gladiator Days, qui parlait de la condamnation à mort d’un néo-nazi dans l’Utah : Walker avait réussi à se procurer le film pour le diffuser à ses disciples… Du coup, quand je l’ai contacté, il a accepté de me parler et m’a dit : «On sait que tu es juif, mais tu as fait du bon boulot avec Troy – le condamné à mort – et tu es donc le bienvenu dans notre camp.» Quand on est arrivé sur place, mon équipe n’était pas très à l’aise: les téléphones portables ne passaient pas, le lieu ne figurait sur aucune carte et on s’est demandé si on n’allait pas voir débouler une horde skin-heads armés de battes de base-ball ! Mais, effectivement, Walker est plus policé que cela : il est totalement investi dans le marketing de la haine… Il se dit que nous nous rendons service mutuellement. »

- « Quelles étaient vos intentions de réalisation ? »

M. L. : « Je souhaitais surtout que le film soit accessible à des non-initiés. Du coup, il fallait que les entretiens qui rythment Les Protocoles de la rumeur restent proches du dialogue de la rue. Je ne voulais pas qu’on donne à ces discussion un côté solennel : après tout, on parle bien de sport ou de boulot de manière décontractée, pourquoi ne pourrait-on pas parler de religion, de haine, de fanatisme ou de complot mondial sur le même ton ? »

- « Comment cela s’est-il traduit en termes de mise en scène ? »

M. L. : « Je voulais que le tournage soit le plus spontané et le plus naturel possible : il ne fallait surtout pas qu’on alourdisse le dispositif des entretiens avec une équipe nombreuse ou des gardes du corps… Du point de vue formel, je souhaitais qu’on ait vraiment le sentiment que les séquences sont captées sur le vif – comme si nous étions plongés dans une guérilla urbaine. Du coup, on a tourné caméra à l’épaule autant que possible en se laissant guider par les interlocuteurs. Il faut bien voir que je n’ai pas cherché à réaliser un documentaire historique ou à interroger des experts, mais plutôt à être attentif au fait que les thèmes que j’aborde sont au coeur des conversations de tous les jours – et j’ai donc estimé essentiel de filmer les entretiens comme des discussions ordinaires, de manière informelle. Bien entendu, les caméras numériques m’ont été d’une aide précieuse. »

- « Parlez-moi du montage. »

M. L. : « Nous avons passé sept mois en salle de montage : en effet, le film s’est vraiment élaboré en post-production et il nous a fallu du temps pour trouver le juste équilibre entre la dimension personnelle, les entretiens et les images d’archives. Pour moi, l’essentiel était que le résultat final soit le plus fluide possible, et évite d’être didactique ou réducteur, et s’abstienne de tomber dans le piège du sensationnalisme. Nous nous sommes retrouvés avec une matière très riche, mais fragmentée, et nous avons mis du temps à trouver un fil conducteur qui ne soit pas artificiel. A cet égard, la musique de John Zorn a joué un rôle primordial. C’est un compositeur qui fait voler en éclats les genres musicaux : il mêle le jazz à la «world music» et à des rythmes de musique juive tout en se les appropriant totalement. Sa musique a été un formidable ciment qui a donné son unité au film. »

- « Quels sont les interlocuteurs qui vous ont le plus impressionné et déstabilisé ? »

M. L. : « Je crois que ce sont les prisonniers que j’ai interrogés. Malgré mon expérience du milieu carcéral, ils m’ont sidéré par la sagesse dont ils semblent faire preuve. En réalité, j’ai eu le sentiment de rencontrer des diplômés de l’université de la haine. Leur discours raciste et antisémite relativement construit, comme leur sang-froid, m’ont désarmé. »



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Réalisateur : MARC LEVIN
Producteurs : MARC LEVIN, STEVE KALAFER
Production : BLOWBACK PRODUCTIONS
Producteur exécutif : JEFF HERR
Coproductrice : JENNIFER TUFT
Producteur associé : DANIEL PRAID
Directeur de la photographie : MARK BENJAMIN
Image : SCHNITT KEN ELUTO, TON DAVID HOLS
Musique : JOHN ZORN
Directeur de production : DAPHNE PINKERSON
Régisseurs général : EMILY GANN, SARAH HODD
Régisseur extérieur MICHAEL SKOLNIK
Recherches / Documentation : DANIELA KON
Montage KEN ELUTO, A.C.E.
Pour HBO :
Productrice exécutive : SHEILA NEVINS
Direction de production : NANCY ABRAHAM
Productrice associée : DANIELLE SCHLEIF

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présentation réalisée avec l’aimable autorisation de
remerciements à Anne-Cécile Rolland et Philippe Lux
logos, textes & photos, tous droits réservés www.prettypictures.fr

Publié dans PRÉSENTATIONS

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